#futurdutravail : privilège d’élite ou relance de l’ascenseur social ?

06 nov. 17:30 - 17:50
Salle : Talk 1

Présentation

Le prochain livre de l’Institut G9+ à paraitre en novembre décrit les enjeux et bouleversements induits par le futur du travail. La lecture peut se faire dans un ordre personnalisé, via les mots clefs de la thématique, sous forme de hashtags, qui se substituent au sommaire traditionnel. Quelques extraits sur la thématique de l’intelligence artificielle : #Apprendre « Pour Denis Jacquet, entrepreneur et fondateur de l’Observatoire de l’ubérisation, la « vraie » révolution digitale, c’est l’avènement de l’intelligence artificielle. Opinions mises à part, pour les GAFA, l’homme n’est plus sacré. Il peut être représenté par une masse de données que l’on stocke, transmet et monétise. Demain on saura certainement enregistrer la pensée - et on y parvient quasiment déjà. » « Les futurs leaders devront faire preuve de flexibilité pour conduire des projets agiles aux côtés d’équipes dispersées, assistés par l’intelligence artificielle et les robots. Il faut faire éclore ces leaders de demain dès aujourd’hui. » #Destruction « Nombre d’experts, chercheurs, entrepreneurs ou journalistes analysent l’impact de la robotisation à l’aune du concept décrit par le philosophe Schumpeter de la « destruction créatrice ». Ainsi « l'intelligence artificielle va mécaniser certains emplois, mais d'autres vont être créés, plus qualifiés », estime Cyrille Bataller, dans une étude Accenture, fidèle à la théorie de la destruction créatrice. Quid des groupes qui seraient touchés par des changements d'emplois et de revenus à cause de la démocratisation des nouvelles technologies ? Cette question sensible nécessite une prise de conscience de la part des décideurs politiques. » « Le journaliste Benoît Georges réagit en mettant tout à la fois en cause les rapports alarmistes qui ne parlent que de destruction de l’emploi et en exergue les créations d’emplois que l’intelligence artificielle et la robotisation induisent. Il cite pour étayer ses propos, une étude parue en 2016 de l’agence France Stratégie. Celle-ci mettait en parallèle les quelque 200 000 postes de secrétaires disparus en France depuis les années 1990 et les 250 000 postes d'ingénieurs et cadres de l'informatique et des télécoms apparus sur la même période. » « La robotique ne détruit pas l'emploi, elle en crée : c’est aussi en substance le message que veulent faire passer les professionnels de la robotique. Une étude de l'IFR (qui ne tient toutefois pas compte de l'impact du numérique et des logiciels) estime que la robotique a permis la création de 8 à 10 millions d'emplois depuis ses origines jusqu'en 2008, puis entre 500 000 et 750 000 emplois entre 2008 et 2012, et enfin 900 000 à 1,5 million d'emplois supplémentaires entre 2012 et 2016. Sur ces nouveaux emplois, peu sont localisés chez les constructeurs de robots, et les roboticiens, qui installent les robots dans les entreprises, ne représentent qu'une faible part des emplois créés. Abondant dans le sens de l’IFR, le cabinet de consultants Roland Berger confirme que si l’intelligence artificielle détruit des emplois, elle en créera bien davantage. Les rédacteurs de ce rapport, centré sur les cas de l’Allemagne et de la France, les deux poumons de l’Union européenne, l’étaye, là encore, de chiffres. L’intérêt de cette étude consiste à distinguer la part d’emplois directs et celle d’emplois indirects que l’utilisation de l’intelligence artificielle par les entreprises créera. Les experts de Roland Berger concèdent certes que les progrès de la « robotics process automation » ou RPA (automatisation des process) et de l'intelligence artificielle dans les deux pays auront un impact sur 3,3 millions de postes, c’est-à-dire sur 5 % du marché du travail. Les estimations de l’analyse de Roland Berger est formelle : seulement 16 emplois seront directement créés grâce à l’intelligence artificielle pour 100 qui seront supprimés. Mais les auteurs de l’étude introduisent une nuance bienvenue. Parallèlement, en effet, à la destruction d’emplois et à la faible création directe de nouveaux, les gains de productivité générés engendreront davantage d'emplois indirects : « comme la rentabilité des entreprises va s'améliorer, elles vont donc distribuer plus de dividendes, investir davantage, éventuellement augmenter les salaires et diminuer les prix. Tout cela contribue à augmenter le PIB, et finalement à générer de l'activité ». Au total, la réaffectation des gains de productivité devrait accoucher de 2,1 millions de postes, créés directement et indirectement. Un optimisme qu’il faut cependant relativiser pour l’heure à un double titre. Il est tout d’abord extrêmement difficile de prévoir la nature des emplois qui seront créés grâce à l’intelligence artificielle : emplois stables, salariés, à forte valeur ajoutée ou bien précaires, indépendants, bullshit jobs ? De plus, la création (directe) d’emplois dont la robotique est le carburant ne concerne encore aujourd’hui que quelques secteurs industriels. L’agroalimentaire monte en puissance comme la chimie/pharmacie et les nouvelles activités, dont les Green Tech, sur la période 2017 à 2020. Mais ce sont les secteurs de l'automobile et de l'électronique qui constituent, à l’heure actuelle, l'essentiel des postes générés par l’utilisation de la robotique. » « Deux tiers des emplois existant dans les pays en voie de développement devraient disparaître avec l’automatisation de l’économie, en particulier dans les pays tournés vers l’industrie et les services, selon la Banque Mondiale. La Chine, la Thaïlande et l’Ethiopie seraient les plus touchés. Les pays pauvres bénéficient aujourd’hui des délocalisations. Mais avec la hausse du chômage, les pays plus développés vont rapatrier leurs activités. Cela va mener à des migrations importantes de travailleurs des pays pauvres. Conséquence indirecte de la croissance massive de l’intelligence artificielle dans les pays développés et en voie de développement, la Banque Mondiale prédit donc la possibilité forte de tensions géopolitiques dans les régions les moins développées. »